Agir ou écrire, faut-il choisir ?

J’aimerais ici rendre compte de deux éléments conflictuels liés à toute pratique, mais cela dans le cadre de la culture de comestibles.

Je porte souvent un maillot sur lequel se trouvent les mots :

Paysan et fier de l’être

Le dire est-ce l’être ? Mais aussi, l’être est-ce le dire et est-ce l’être réellement ?

C’est à la lecture du petit ouvrage fort bien écrit :

L’agroécologie, une éthique de vie

Pierre Rabhi, entretien avec Jacques Caplat

que je me suis posé la question.

Il faut reconnaître que Pierre Rabhi écrit fort bien. Or, il agit aussi fort bien. Enfin, il sait fort bien expliquer pourquoi il agit comme il le fait. Et ses paroles, en mettant du sens sur son action, en mettent sur la nôtre et cela même après celle-ci. Je veux dire par là que ses paroles ne sont pas ce que j’appellerais des «conseils d’action», mais un éclairage à posteriori des conséquences des pratiques, une sorte de mise en valeur des idées et de la cohérence de celles-ci avec nos actions.

Vous ne comprenez pas ? C’est normal, c’est moi qui l’écrit. Pour vous faire comprendre comment Pierre Rabhi le dit, je vais retranscrire ses mots au sujet d’un thème oh combien difficile : l’aide humanitaire.

Dans nos actions à Gorom-Gorom, nous ne cherchions surtout pas à apporter des solutions toutes faites, mais avant tout à libérer la parole paysanne pour inciter les Burkinabés à élaborer leurs propres solutions.

[…]

En redonnant au paysan la responsabilité d’observer le vivant et de chercher des pratiques harmonieuses avec les dynamiques naturelles, l’agroécologie lui restitue son rôle de chercheur et d’inventeur. S’il cesse de considérer ses vaches comme des machines biologiques impersonnelles ou ses champs comme des substrats chimiques et si, au contraire, il soigne sa terre, ses plantes et ses animaux en étant attentif et en aspirant en permanence à la meilleure cohérence possible, l’agriculteur apprend à voir, à imaginer, à tester des idées, à innover. Comme tu le suggère, il pourra être enrichi par le regard d’un scientifique institutionnel, à condition que celui-ci se mette au service des paysans. Cela n’est pas anodin, car « se mettre au service » implique une option morale de générosité, qui est à l’opposé de la posture de l’accaparement des savoirs pour son propre compte.

L’agroécologie, une éthique de vie, Pierre Rabhi

Qu’elle soit humanitaire ou pas, une aide est d’abord une mise en confiance. À l’opposé d’un conseil, elle se situe d’abord dans l’écoute, puis dans la valorisation de la curiosité indépendamment des savoirs. En ce sens, elle est à l’opposé de ce qu’un scientifique peut fournir : des connaissances qui très souvent ont valeur de jugement et qui à ce titre ferment la parole, tuent l’action curieuse.

« Libérer la parole », écrite ou orale, c’est lui permettre de se construire dans un processus actif et pas seulement de rendre compte de ce qu’on a appris. Pour moi, on ne peut ainsi apprendre de savoirs déjà construits. Apprendre c’est précisément construire et comme Pierre Rabhi le dit, un paysan n’apprendra, comme tout autre apprenant, qu’à travers l’imagination, l’invention, les tests, les essais, la recherche de solutions.

Ainsi, écrire et agir ou agir et écrire sont deux actes de découverte indissociables. Et si je titre « Agir ou écrire », c’est pour faire rimer « agir ou parler » autant qu’ agir ou communiquer. Et au contraire d’agir ou élire, je pense qu’il ne faut pas choisir entre agir ou écrire, car rendre compte de ses actes, assumer ses actions par la parole, c’est apprendre à les défendre.

Dans l’article « La petite histoire de notre maïs« , vous pourrez vous rendre compte comment l’action en acte peut stimuler la recherche de connaissances et comment la parole peut donner du sens aux actes.

Je ne saurais donc qu’encourager chacun à utiliser ce site pour rendre compte de ses recherches qu’elles qu’elles soient, par écrit ou en paroles si nécessaire.

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