Perma-cultures

Ce petit article, non pour tenter de dire ce qu’est la permaculture, mais simplement pour en parler. Il me semble que cela est plus dans l’esprit qu’on lui accorde, puisque

elle n’est pas un produit, mais un processus.

Précisons d’entrée que je ne suis ni agriculteur, ni biologiste, mais physicien. Ceci pour dire que je vais aborder un domaine, ou des domaines, que je ne maîtrise absolument pas. Mais comme je pense que les connaissances ne sont pas un produit, mais un processus, tant pis, je le fais quand même.

La diversité, une valeur

La nature est très variée et aborder le vivant n’est pas chose aisée. Il est vite très complexe de l’organiser pour le comprendre et comme toujours il faut avoir le courage d’une curiosité sans complexes.

Il y a dans la culture des végétaux deux aspects importants : la plante et le milieu dans lequel elle vit. Longtemps, la biologie a été uniquement l’étude des organismes vivants à travers la classification. Mais grâce à la découverte de l’écologie, elle a su les mettre en relation avec leur milieu. Comme on va le voir, la permaculture est l’héritière directe de cette démarche. Cependant, par rapport à la biologie, si la permaculture restreint son champ d’application aux comestibles, elle envisage leur environnement dans un contexte plus général qu’elle puisqu’elle y inclut l’homme.

Une histoire d’échelle

Cela peut paraître simpliste, mais si la biologie envisage l’homme comme un animal parmi d’autres, presque anecdotiquement interagissant avec son milieu, la permaculture fait de l’homme un acteur important des changements imposés au milieu. Ce n’est bien entendu pas contradictoire, mais cela détermine l’échelle et l’extension du domaine abordé par la permaculture.

Car, la permaculture, c’est l’échelle humaine ou le biotope restreint, le microcosme élargi. C’est de l’écologie de quartier. L’homme, en tant qu’acteur de  milieu biologique donc et au contraire de l’homme destructeur face à la nature, acteur d’échanges pérennes avec elle. Car c’est là le fondement du terme de la «culture permanente», la perma-culture.

La terre et la forêt

Pour la permaculture, au début est la terre. Non pas celle des physiciens, la Terre, ni celle des biologistes, composée d’êtres et de molécules, mais celle des paysans, celle qu’on tient dans la main pour évaluer la charge de la charrue. Sauf que, comme on va le voir, le permaculteur n’aime pas la charrue. Car si le paysan travaille la terre en la retournant, le permaculteur la travaille en y touchant pas. Par respect ou pour prendre le temps de se distraire, il la laisse travailler toute seule.

Drôle de cultivateur, direz-vous. Mais c’est qu’il est aussi forestier. Un forestier qui aime flâner à l’ombre des grands arbres, respirer l’humidité des sous-bois, sentir la souplesse de l’humus sous ses pas, l’odeur de la décomposition de la matière organique, comme celle des champignons. Un forestier qui constate que l’activité biologique de la forêt est généralement intense et diversifiée, très propice à la croissance des plantes.

Avec l’agriculture conventionnelle, l’homme se trouve essentiellement en opposition avec la forêt.

L’agriculteur y gagne ses terres pour pouvoir y cultiver. Le permaculteur tente de s’y associer pour trouver sa subsistance. En d’autres termes, l’agrigulteur utilise un pouvoir pour gagner sur la nature, alors que le permaculteur s’intègre dans son milieu pour y prélever certains éléments. La forêt ne constitue donc pas une frontière mais un lieu d’accueil, un autre acteur vivant avec lequel il faut collaborer plutôt que contre lequel il faut lutter.

Entre la forêt et la culture, évidemment la lumière est l’enjeu. Mais il est malvenu d’écarter les arbres pour donner à la culture un maximum de carburant lumineux, car la forêt est à l’origine des racines de la culture : la terre. Car la terre est chose complexe, très complexe. Bien au-delà de celle que peut appréhender l’agriculteur qui considère son rendement, le biologiste qui considère son peuplement ou le chimiste qui considère sa constitution. La terre est une matière vivante, évolutive et relationnelle. Et ce n’est pas de son uniformisation que va naître sa qualité, mais de la richesse de ses différences. Or, c’est dans la forêt que ces richesses biologiques construisent la meilleure terre, sans intervention humaine. À l’intérieur de la forêt, tous les acteurs d’un cycle lent de naissance, vie, mort et décomposition s’expriment de manière multiple et surtout permanente. Ainsi, la terre est riche de multiples décompositions, d’une variété de substances sur lesquelles les végétaux vont croître. La reconnaissance de la pérennité et de la richesse de cet humus est à la base de la permaculture.

Celle-ci s’oppose donc à la culture en grands champs et à la monoculture.

Elle va privilégier la culture en biotope ou tenter de recréer dans les champs de la diversité. Cela peut être une culture de petites surfaces en sous-bois, une culture à taille humaine en clairières ou à proximité d’un bosquet d’arbres. Les dimensions sont importantes autant que le lieu pour s’intégrer au milieu.

L’observation et le biotope

Ensuite, cette intégration doit être respectueuse : elle doit prendre en compte les besoins de chacun des acteurs du biotope. Et il y a là un important travail d’observation et de compréhension à réaliser sur le milieu et sur ses besoins pour non seulement prélever sa culture, mais aussi envisager la part des autres. Les limaces, par exemple, ne sont pas plus nuisibles que les sangliers, elles constituent le biotope autant que les vers de terre. Les ravageurs ne sont pas des fatalités, mais des indicateurs de la vie du milieu, d’ éventuels indicateurs d’un déséquilibre ou de mauvaises pratiques.

Design

Les considérer comme tels constitue alors un autre regard qui, s’il interroge, marque l’idée de permaculture, car c’est de cette interrogation que vont naître des solutions dont le soucis premier est l’intégration dans le milieu. On peut alors presque parodier une maxime connue, par : il n’y a pas de problèmes ravageurs, mais que des solutions perma-culturelles. Attentif en effet à une intégration qui est le seul gage possible de pérénité, la permaculture devient l’ensemble des solutions qui vont aboutir à des actions nées d’une véritable intelligence avec le milieu. Celles-ci vont alors constituer un dessein particulier, équilibré et pérenne, un desing certainement esthétique qui est un trait caractéristique de la permaculture.

Par exemple, la traditionnelle gestion de l’eau par arrosage, est déléguée au sol dont il faut utiliser la capacité de régulation. Constatant qu’il est rare qu’en forêt les sols soient détrempés, comme il est rare qu’ils soient très secs, il faut rendre au sol cette capacité de rétention d’eau en aérant sa structure et en en couvrant la surface. Utiliser des terres d’homogénéités variées et avoir recours à des mulch ou paillages systématiquement, constitue une pratique qui solutionne, en tout cas en grande partie, le problème de l’arrosage tant au niveau des comestibles que du travail du permaculteur. L’intervention de l’animal-homme dans le biotope doit aussi être limité. De ce point de vue, si les arrosages doivent être régulé par le milieu ou le paillage pour éviter l’évaporation, si nécessaire, ils doivent être soit finement optimisés. L’idéal est une optimisation fine par arrosage manuel à partir de récupération d’eau de pluie, ce qui justifie l’échelle humaine de la production, mentionnée plus haut. Sinon, l’arrosage peut se faire par des récipients poreux enterrés près des comestibles ou automatiquement à l’aide de goutteurs (les arrosages par gicleurs sont déconseillés en raison d’une forte évaporation et d’une mauvaise répartition de l’eau). Les mares sont alors des lieux de stockages particulièrement intéressant puisqu’ils peuvent apporter une diversité écologique importante. Mais une électronique des distribution n’est pas contradictoire en tant que régulateur fin. Mais il faut alors en envisager les aspects matériels, énergétiques et logiciels.

Considérer l’homme dans le milieu implique donc d’en réfléchir les pratiques au regard et au sein même du milieu. Un design réussi est fait de pratiques adéquates qui n’épuisent pas l’agriculteur autant qu’il ménagent l’environnement. Un design réussi est donc forcément biologique (bio), mais pas seulement. Il dépasse ce cadre. Clairement par exemple, un élevage bio de 3000 poules, à mon avis, ne peut s’intégrer dans une vision de production perma-culturelle.

Conclusion

Ma compréhension de la permaculture ici exprimée est toute neuve. J’en assume un contenu évidemment lacunaire et peut-être même erroné. J’en assume aussi le style, volontairement phrasé, atypique pour un scientifique, mais bien plus à l’image de la richesse de cette véritable culture dont beaucoup d’aspects volontairement ignorés ici, dépassent l’agriculture.

Pour un présentation simple, plus classique, plus illustrée et attachée au cycle annuel de production de comestibles, vous pouvez consulter l’ouvrage de 2016 : « Découvrir la permaculture Petit manuel pratique pour commencer » de Robert Elger aux éditions Rustica.

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